En 2025, sur les six continents, gouvernements et grands organismes financeurs ont suspendu ou taillé dans leurs programmes de bourses emblématiques afin d’alléger la pression sur les finances publiques, de redéfinir leurs stratégies d’internationalisation et de réallouer des ressources limitées. Comprendre ces décisions – et leurs répercussions sur les candidats – met en lumière des tendances communes, mais également des priorités nationales divergentes.
1. Amérique du Nord
États‑Unis : gel indéfini du financement des programmes d’échanges du Département d’État Mi‑février 2025, le Département d’État américain a d’abord suspendu, puis prolongé indéfiniment l’arrêt des versements pour les programmes du Bureau of Educational and Cultural Affairs, notamment Fulbright, Gilman, Critical Language Scholarship et IDEAS. Plus de 10 000 participants – Américains et internationaux – se sont retrouvés sans soutien financier, avec des situations parfois critiques à l’étranger, tandis que les nouvelles candidatures sont à l’arrêt.
Canada : dernière édition des Bourses Vanier Offrant 50 000 $CA par an aux doctorants, la Bourse Vanier a connu sa dernière campagne en 2025. Le consortium fédéral des trois conseils a annoncé qu’après les résultats publiés en avril 2025, ce programme sera fusionné dans un dispositif doctoral harmonisé. Les futurs doctorants devront désormais se tourner vers d’autres bourses des conseils ou des universités.
2. Europe
Allemagne : le DAAD supprime 13 programmes, soit 2 500 bourses par an Face à l’envolée des coûts liés au personnel, aux systèmes informatiques et aux infrastructures, le Service allemand d’échanges universitaires (DAAD) a mis fin, début 2025, à 13 programmes de bourses et d’internationalisation à portée régionale ou thématique – environ 2 500 bourses disparaissent chaque année. Les financements se recentreront sur Erasmus+ (255 M€ en 2025) et sur les initiatives à large impact.
Pays‑Bas : au‑delà d’Utrecht, une réduction nationale des aides aux étudiants internationaux Après la suppression de l’Utrecht Excellence Scholarship, La Haye a annoncé un plan d’austérité plus vaste : 293 M€ en moins pour l’accueil d’étudiants étrangers et la maîtrise du nombre de formations en anglais, conformément au projet de loi « Balanced Internationalisation ». Les cursus anglophones de tout le pays sont sous pression.
3. Asie‑Pacifique
Japon : la bourse MEXT maintenue, mais avec des procédures révisées La prestigieuse bourse MEXT continue de financer des études du premier cycle au doctorat – allocations mensuelles (117 000 ¥, majorées selon la région) et exonération de frais de scolarité -, mais les candidats doivent s’adapter à des calendriers variables selon la recommandation d’ambassade ou d’université tout au long de 2025.
Corée du Sud : expansion du programme GKS, aucune coupe annoncée À contre‑courant, le NIIED sud‑coréen a ouvert, en mars 2025, le Global Korea Scholarship pour les niveaux licence et master/doctorat, avec plus de 2 200 bourses couvrant frais de scolarité, billets d’avion, allocation de vie et assurance santé. Aucune suspension n’est signalée.
Indonésie : annulation des bourses ministérielles 2025 Suite à la décision présidentielle de réduire de 306,7 T Rp le budget 2025, le ministère des Finances a supprimé, en février 2025, sa bourse‑phare pour la formation des futurs leaders. Les bénéficiaires en cours terminent leur cursus, mais aucun nouveau dossier n’est accepté, même si d’autres dispositifs comme LPDP ou IISMA restent pour l’instant épargnés.
Nouvelle‑Zélande : fin des Prime Minister’s Scholarships, dernière cohorte en 2025 Le budget de mai 2025 a entériné la suppression des Prime Minister’s Scholarships for Asia & Latin America – 3 991 lauréats depuis 2013 – afin de recentrer les finances sur les services essentiels. Les boursiers actuels seront soutenus jusqu’en juin 2026, mais aucune nouvelle attribution après le 1er juillet 2025.
4. Afrique
Nigeria : suspension de cinq ans de l’accord bilatéral BEA Le 3 mai 2025, le ministère nigérian de l’Éducation a décrété un moratoire de cinq ans sur les bourses Bilateral Education Agreement (BEA) – qui finançaient des études en Chine, Russie, Égypte, etc. Motifs : litiges sur les allocations et conviction que les formations existent désormais sur place. Les droits acquis sont maintenus, mais aucun nouveau lauréat avant au moins 2030.
5. Amérique latine & Moyen‑Orient
Peu de coupes nationales signalées, mais les programmes multilatéraux ou institutionnels (Erasmus Mundus, Rotary Global Grants…) deviennent indispensables pour les chercheurs touchés par l’austérité.
Tendances clés à retenir
- Austérité budgétaire vs. recentrage stratégique : de nombreux États transfèrent les fonds de dispositifs ciblés vers des fonctions éducatives ou de recherche essentielles.
- Renforcement des capacités locales : les suspensions nigériane et néerlandaise illustrent la volonté de développer l’offre domestique.
- Impact mondial inégal : certains pays se développent (Corée du Sud), d’autres se retirent (États‑Unis, Allemagne, Nouvelle‑Zélande). Les candidats doivent éviter de miser sur une seule bourse phare.
- Voies alternatives : les financements multilatéraux, européens ou privés – Erasmus Mundus, NL Scholarship, Fulbright, Rotary International – sont plus cruciaux que jamais.
Conseils pratiques pour les futurs candidats
- Surveillez tôt les annonces budgétaires nationales et les communiqués des ambassades : les décisions pour 2026‑2027 pourraient tomber fin 2025.
- Diversifiez vos sources de financement : postulez à plusieurs programmes gouvernementaux, européens, institutionnels et privés.
- Mettez en avant votre adaptabilité : compétences linguistiques, volonté d’étudier localement, et adéquation avec les priorités stratégiques du pays d’accueil.
- Exploitez les réseaux d’anciens (Chevening, DAAD…) pour obtenir des informations en temps réel et des astuces de candidature.
À l’heure des restrictions budgétaires et de l’évolution des politiques d’internationalisation, rester agile et bien informé est essentiel pour décrocher une bourse et réaliser ses ambitions académiques à l’étranger.

